Le Trianon, merveille architecturale, acoustique et artistique du domaine du Saulce a été édifié vers 1770, à la fin du règne de Louis XV et à la fin du long séjour du bailli de Champignelles.
C’était à sa création un pavillon de musique mais aussi un lieu privé puisque sa clef d’origine encore conservée est percée d’un cœur.
Son acoustique est parfaite pour des concerts intimes avec du chant ou peu d’instruments tant les dimensions choisies créent une sonorité exceptionnelle, sans besoin aucun de micro ( carré de 5,24 m de côté).Vous pourrez le constater vous même en chantant par exemple,porte fermée. En fermant les yeux, on peut s imaginer les dîners musicaux aux chandelles qui pouvaient s y dérouler du temps du bailli de Champignelles, sans doute entouré de quelques élégantes.

Les murs intérieurs étaient entièrement ornés de peintures originales evoquant les activités des chevaliers de Malte: le côté Nord présente des objets lies à la navigation et le début de la restauration permet d’y distinguer un compas, un sextant, une sphère armillaire ou encore un très beau corail. On y distingue encore le contour de la forteresse d’un port, sans doute celui de la Valette à Malte ou accostaient les vaillants chevaliers avec leurs galères.
Le côté Est est consacré à la musique : lyre, cythare,trompette etc y entourent une partition.
Côté Sud, au dessus de la cheminée en pierre sculptée avec des instruments de musique, on distingue cette fois des instruments de jardinage et de culture : arrosoir, pelle, râteau etc
Et enfin vers l’ouest se trouve un joli décor de flèches et d’épées agrementé de deux tourterelles.

Ces décors à thèmes sont entoures de guirlandes de fleurs très raffinées et variées très bien conservées.
Ils sont surmontés sur chacune des 4 faces de médaillons ovales peints également montrant des bustes de personnages non clairement identifies à ce jour, et pas toujours habillés comme il l’aurait fallu dans une commanderie religieuse ! Mais la fin du XVIII eme siècle n était il pas le siècle des lumières et des plaisirs?

Les fresques recouvertes d’une vilaine peinture orangée au XX eme siècle sont en cours de dégagement depuis 2009.

Le parquet d’origine avait disparu et fut remplacé par un parquet Versailles en chêne ancien en 2012 comme celui qui y figurait très certainement.
La serrurerie d’époque est restée en place avec notamment de belles charnières dites  » à moustache  » sur la porte d’entrée et une plaque autour de la serrure elle même  » en feuille de persil », et bien sur les espagnolettes aux fenêtres.
Les façades extérieures ne sont pas moins remarquables.
4 bustes sculptés font écho aux médaillons de l’intérieur, avec 3 jolies femmes, sans doute des proches du bailli de Champignelles, et un homme barbu qui évoquerait facilement un des anciens grands maîtres de l’ordre de Malte.

Au dessus, juste sous la corniche qui court tout autour au sommet des murs, se trouvent des sculptures en relief de très belle conservation.
La encore on y retrouve tous les détails de l’activité des glorieux chevaliers, avec la chasse côté Sud ( gibier, chiens, gibecière, sac à poudre etc)
Côté ouest on peut admirer des boisseaux de récoltes ( blé, fruits, ) ainsi que dans le dernier médaillon un bateau avec un croissant dans la voile: un bateau turc qui était la cible des galères des chevaliers de Malte. A l’autre bout de cette façade, on voit un corps de sirène ; la fée Mélusine qui hante ce lieu depuis longtemps n est pas loin!
Côté Nord des médaillons moins originaux si ce n est celui de l’extrémité Est avec les armoiries de la famille Champignelles logées dans un ovale.
Et enfin côté Est une originale enfilade de médaillons relatant la navigation et la pêche, avec des dauphins, des filets, des harpons etc…

Le toit  » a l’italienne » avec ses colonnades typiques devait être originellement plat en terrasse, mais actuellement c est un toit à plusieurs pentes qui rend la toiture quasi invisible d’en bas.

Ce magnifique pavillon est érigé sur un petit promontoire à l’extrémité du grand bassin dans lequel il se reflète très bien quand on le voit à partir du château.

Notons enfin que les fenetres sont peintes en vert comme on peut encore le voir sur les vieux immeubles de La Valette à Malte. De même il reste quelques volets anciens dont un arrangement subtil permet d.empecher l’ouverture des fenêtres lorsque ils sont en place, exactement comme dans la capitale des chevaliers.

Sous le Trianon, dans les entrailles du promontoire se trouve une jolie glacière ancienne, au fond d’un joli couloir semi enterré auquel on accède cotê Est.
On peut encore y voir de manière assez rare les énormes pierres rainurées qui recevaient la lente fonte des gros blocs de glace.De telles glacières en très bon état sont assez peu fréquentes en France.
La grande salle, assez basse, voit sa température peu varier au cours de l’année. Elle est entourée de jolies niches en pierre taillée et de deux orifices d’aération
Au Sud du Trianon, on pourra encore noter de légers coudes dans le mur d’enceinte tout proche, sensé évoquer encore et toujours les forteresses maritimes de Malte.

Et enfin on ne quittera pas cette zone remarquable sans jeter un coup d’œil à la grande serre construite un siècle plus tard vers 1870 à l’emplacement d’un ancien petit bassin et récemment restaurée.Elle possède de jolis éléments de ferronnerie d’époque sous les étagères ou encore pour les volets d’aération mobiles. Cette serre possédait dans la partie centrale deux petites cheminées dans le mur du fond avec un tuyau de chauffage périphérique.
Une serre quasiment identique peut s admirer aussi dans le parc de l’abbaye de Royaumont près de Chantilly.